Notules sur un concile

Auteur : Yves Daoudal

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Notules sur un concile

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Bientôt un demi-siècle depuis la fin de Vatican II en 1965. Il y a cinquante ans, c’était la fin de sa deuxième session.

Beaucoup d’articles et de livres ont déjà été ou vont être consacrés à cette sorte de cinquantenaire très étalé.

Le premier ouvrage que je lis non seulement avec attention mais aussi avec plaisir est celui d’Yves Daoudal. Pourtant, s’il peut appeler en effet quelquefois une certaine ironie dans la comparaison des textes et de leur réalité d’application, le sujet est grave. Mais l’art de Daoudal, procédant souvent, ici comme ailleurs, de la mise en évidence des idées directrices, des lignes de force, s’accompagne aussi dans sa sobriété bretonne quelquefois un peu bourrue de superbes raccourcis.

Ainsi dans son chapitre commentant, sans l’expression d’une enthousiaste adhésion, la Déclaration Nostra aetate sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, il écrit : « J’ai dit au début de mes notules que la plupart des textes du concile étaient trop longs. Il se trouve que celui-ci est très court. Ça ne l’empêche pas d’être encore trop long… ».

Ceci suffit pour montrer que c’est selon sa constante attitude de grande liberté, pas plus entachée, je le crois, d’anticonformisme de principe que de conformisme, que notre ami nous offre les fruits de sa lecture et de ses méditations.

Son travail renvoie dos à dos les néo-manichéens d’une lecture systématiquement hostile ou enthousiaste des textes du Concile. Nous ne disons pas de « l’esprit du Concile ».

À vrai dire Daoudal regrette le trop grand nombre évident des non-lecteurs qui parlent du Concile sans en avoir lu un seul texte. Parmi les authentiques lecteurs, bien moins nombreux, les uns émettent des jugements péremptoirement enthousiastes, d’autres les considèrent comme essentiellement médiocres ou pernicieux ; d’autres enfin, comme lui, sont allés longuement y voir de plus près sans aucun esprit d’inconditionnalité béate ou d’hostilité à priori.

J’ai pour ma part notamment savouré d’emblée le développement de sa réflexion sur Lumen Gentium, le texte central de Vatican II, un « texte capital » élaboré par des « libéraux » et « progressistes » qui furent en l’occurrence, pour une fois, « de vrais serviteurs de la tradition authentique ».

Daoudal se réjouit de ce que ce texte, centré sur le mystère de l’Église, ait mis fin à une « grave dérive de l’Église d’Occident : la spiritualité individualiste, née avec les philosophies “humanistes” de la Renaissance, qui avait été déjà assez efficacement battue en brèche par le «“mouvement liturgique” à partir de Dom Gué­ranger ».

Daoudal explique combien il a été heureux que l’Église soit définie dans Lumen Gentium comme « le sacrement, à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain… »

Cela renvoie au livre très dense et profond de l’abbé Christian Gouyaud L’Église, instrument du salut.

Les commentaires de Daoudal sont ensuite globalement bien moins positifs sur les autres textes du Concile, voire l’expression d’une grande indignation.

Ainsi, à propos de Sacrosanctum Concilium, la constitution sur la sainte liturgie, explique-t-il pourquoi sa mise en œuvre « a constitué le plus énorme scandale qu’il y eut jamais dans l’histoire de la liturgie… ». On y a, écrit-il, « censuré les psaumes. On a censuré la prière que Dieu nous avait donnée pour aller vers lui… ».

Sur Gaudium et Spes, la constitution pastorale de l’Église, son jugement est impitoyablement lapidaire : « Gaudium et Spes est un slogan que l’on va pouvoir brandir pour installer la subversion dans l’Église ».

À propos de ce chapitre essentiel et bien triste, dans lequel le communisme, phénomène essentiel du monde à cette époque, sans même être cité, est à peine, brièvement, allusivement évoqué. Daoudal montre bien pourquoi, plus tard, le théologien Ratzinger put parler avec délicatesse de « l’optimisme naïf du concile ».

Passons ici sur ses excellentes considérations sur les autres textes du Concile diversement importants. Mentionnons seulement à propos de Dignitatis humanae, l’importante « Déclaration sur la liberté religieuse », qu’elle constitue selon lui « une intéressante synthèse de l’obligation qu’a l’Église de répandre la vérité, et de la liberté religieuse ».

Cela est souvent aujourd’hui au cœur de nos réflexions et de notre action.

Pour conclure cette recension nous pouvons bien conclure avec Daoudal : « Pour en mesurer la portée, et aussi les limites, il faut lire les textes du Concile tels qu’ils sont. Non pas comme des compromis dont il faut s’évader au nom d’un prétendu “esprit”, mais pas davantage comme des compromis où l’on guette le mot qui a été glissé par les méchants pour subvertir ce qui restait de bonne doctrine ».

Bernard Antony

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